Quelques nouvelles du monochrome BH9, Genève.

Le monochrome a tué la peinture, a-t-on dit. Depuis une centaine d’années, cependant, la peinture se porte très bien. Quant au monochrome, il constitue un genre en soi, qui crée encore bien des surprises.

Pour l’exposition « Quelques nouvelles du monochrome » Fabien Friederich manigance les panneaux d’une seule couleur de telle manière à ce qu’ils rappellent certains drapeaux nationaux. La plupart des étendards sont en effet d’une simplicité étonnante dont on peut s’étonner qu’elle soulève à elle seule les passions. Un monochrome vert constitue-t-il un drapeau lybien ? Le drapeau français est-il la modeste juxtaposition de trois monochromes (ce que ne dément pas, du reste, la signification politique de ses couleurs) ?

Exploitant la couleur d’origine du mur, Fabien Friederich pose une nouvelle fois les questions rabattues par les minimalistes dans les années 60 et 70 du wall painting, de la couleur-forme et de la forme qui fait sens. Mais, à l’occasion de cet accrochage, il le fait simultanément. Chaque assemblage de toiles interroge en effet plusieurs de ces propositions qui ont fait l’histoire de la peinture radicale récente. Questions auxquelles, ces « nouvelles du monochromes » ajoutent celle de la pertinence de la couleur politique.

Car ici, pas de panneaux blancs ou noirs. Seules le vert, le bleu, le jaune et le rouge sont là pour former les drapeaux de plus de dix pays. Le blanc ou le noir de chaque pays est constitué par le found wall painting de la paroi d’accrochage : les drapeaux tricolores sont alors des diptyques. C’est donc la raison, ayant horreur du vide et du non-sens, qui fait voir à chacun le peu de choses qu’est un drapeau.

Comme pour ses monochromes-bunker ou ses monochromes-cercueils, Fabien Friederich développe avec cette nouvelle série de toiles l’idée du regard culturé : What You See Is What You Know (WYSIWYK). Un clin d’oeil à deux maîtres du genre: Frank Stella (What You See Is What You See) et Olivier Mosset (What You See Is What You Get). Ce dernier d’ailleurs s’en amuse. « Fabien Friederich a dit : « une exposition pleine de magnifiques monochromes » dit-il » .